Note d'intention
Le dessin occupe une place centrale dans mon travail. Il a d'abord été un outil pour décomposer, reconstruire et comprendre ce qui m'entourait : un corps, une histoire, une situation, une impression. Il ne s'agissait pas seulement de représenter le réel, mais de le reprendre par la forme, en espérant mieux le saisir. Les autres langages que j'utilise aujourd'hui prolongent cette même façon de penser, de construire et d'organiser. Pour moi, ce sont aussi des manières de dessiner autrement.
Refaire ce que je sais déjà faire m'ennuie vite, jusqu'à devenir une impasse. Ce qui me stimule, c'est l'inverse : une question que je ne sais pas encore traiter et qu'il faut appréhender. L'enjeu n'est pas seulement de trouver le langage le plus juste pour une question, c'est aussi de faire en sorte que les questionnements transforment et fassent évoluer mon propre langage. Chaque apprentissage déplace ainsi la manière dont j'aborde les projets suivants ; il élargit le champ des interrogations autant que celui des réponses que je tente d'y apporter.
Un projet peut exister seul, avec sa propre logique et son propre sens. Sa mise en relation avec d'autres travaux peut en déplacer la lecture, la prolonger ou la contredire. Un élément autonome change en s'inscrivant dans un ensemble : c'est cet écart qui m'intéresse.
Les relations de connexion, proximité et tension se construisent autour d'axes structurants : construction et déconstruction, pouvoir des images, corps et configuration, apparition et effacement, mémoire et stratification. Ce ne sont pas des catégories fixes : les systèmes d'organisation temporaires permettent de rendre certains rapprochements perceptibles sans les figer — une structure, une cartographie ou un classement n'est alors qu'un état mouvant de travail.
La diffusion fait partie de ce processus. Une exposition ouvre un contexte précis, mais éphémère. Un site ou un espace en ligne prolonge cela dans la durée et déplace les conditions de circulation. Les relations que d'autres y perçoivent peuvent différer des miennes, déplacer mon regard et nourrir la suite du travail. Les essais, les détours, les ratés ou les résultats inattendus comptent aussi dans le processus : ils déplacent la question de départ, changent les moyens engagés, ouvrent des directions que je n'avais pas prévues.
— Toufik Medjamia